Cela m'amuse entre deux strophes ...

12 août 2008

Naufrage

Naufrage

Les Travailleurs de la mer : Naufrage.

Plume, pinceau, encre brune et lavis, gouache noire et blanche.

BNF Paris.

Placé entre les livres IV et V de la première partie des Travailleurs de la mer, ce trois-mâts peut être le Tamaulipas dont il va être question (I, V, I) et sur lequel Rantaine embarque.

On voit Clubin en observer le départ à la longue vue : "Quand le canot fut remonté à bord et replacé dans les pistolets, le Tamaulipas fit servir. La brise montait de terre, il éventa toutes ses voiles, la lunette de Clubin demeura braquée sur cette silhouette de plus en plus simplifiée, et, une demi-heure après, le Tamaulipas n'était plus qu'une corne noire s'amoindrissant à l'horizon sur le ciel blême du crépuscule." (T. M., I, V, VIII.)

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La Durande

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Les Travailleurs de la mer : La Durande.

Plume, pinceau, encre brune et lavis.

BNF Paris.

Il n'y a pas de rapport entre ce dessin et le chapitre dans lequel il a été collé, "Les déniquoiseaux".

Ce lavis peut évoquer la description de la Durande qu'on a pu lire deux chapitres auparavant :

"Quelquefois, le soir, après le soleil couché, au moment où la nuit se mêle à la mer, à l'heure où le crépuscule donne une sorte d'épouvante aux vagues, on voyait entrer dans le goulot de Saint-Sampson sur le soulèvement sinistre des flots, on ne sait quelle masse informe, une silhouette monstrueuse qui sifflait et crachait, une chose horrible qui râlait comme une bête et qui fumait comme un volcan, une espèce d'hydre bavant dans l'écume et traînant un brouillard et se ruant vers la ville avec un effrayant battement de nageoires et une gueule d'où sortait de la flamme. C'était Durande." (T. M., I, III, I)
Pierre Georgel propose de rapprocher ce dessin du récit de sa dernière traversée figurant au livre suivant : "Jamais la Durande n'avait mieux travaillé en mer que ce jour-là. Elle se comportait merveilleusement. Vers onze heures, par une fraîche brise de nord-nord-ouest, la Durande se trouvait au large des Minquiers, donnant peu de vapeur, naviguant à l'ouest, tribord amures et au plus près du vent. Le temps était toujours clair et beau. Cependant les chalutiers rentraient."

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04 juin 2008

Approuvant le coup d'Etat.

Approuvant_le_coup_d_Etat

Approuvant le coup d'Etat Ah ! l'Empereur est malin !

Plume et encre brune sur papier du Théâtre de la Gaîté. 1864 - 1865.

BNF Paris.

Ce retour au thème du coup d'Etat, plus de dix ans après, ne manque pas d'étonner.

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Projet cheminée salle à manger

Projet_chemin_e_salle___manger

Projet pour la cheminée de la salle à manger d'Hauteville House et décompte des carreaux de faïence.

Plume et encre brune sur papier bleuté.

BNF Paris.

Victor Hugo, dans ce nouveau croquis, rehausse la statuette de Notre-Dame du Bon Secours en la posant sur un triple socle de faïence, pour alléger l'effet massif de l'ensemble.

Sur la partie gauche, il note la liste des carreaux nécessaires à la décoration, carreaux de faïence hollandais du XVIIIe siècle, pour la plupart. Il en a agencé l'ordre, organisant la mosaïques des scènes représentées.

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01 juin 2008

Plainmont

Plainmont

"Les Travailleurs de la mer" : Plainmont, la mison visionnée.

Plume, pinceau, crayon de graphite, encre brune et lavis.

BNF Paris.

La maison de Plainmont, dont Clubin songe à faire son refuge après le naufrage de la Durande, est longuement décrite dans le chapitre IV :

"Cette maison bâtie en granit, élevée d'un étage, est au milieu de l'herbe. Elle n'a rien d'une ruine. Elle est parfaitement habitable. Les murs sont épais et le toit est solide. Pas une pierre ne manque aux murailles, pas une tuile au toit. Une cheminée de brique contrebute l'angle du toit. Cette maison tourne le dos à la mer. Sa façade du côté de l'océan n'est qu'une muraille. En examinant attentivement cette façade, on y distingue une fenêtre, murée. Les deux pignons offrent trois lucarnes, une à l'est, deux à l'ouest, murées toutes trois. La devanture qui fait face à la terre a seule une porte et des fenêtres. La porte est murée. Les deux fenêtres du rez-de-chaussée sont murées. Au premier étage, et c'est là ce qui frappe tout d'abord quand on approche, il y a deux fenêtres ouvertes ; mais les fenêtres murées sont moins farouches que ces fenêtres ouvertes. Leur ouverture les fait noires en plein jour. Elles n'ont pas de vitres, pas même de châssis. Elles s'ouvrent sur l'ombre du dedans. On dirait les trous vides de deux yeux arrachés. Rien dans cette maison. On aperçoit par les croisées béantes le délabrement intérieur. Pas de lambris, nulle boiserie, la pierre nue. On croit voir un sépulcre à fenêtres permettant aux spectres de regarder dehors. Les pluies affouillent les fondations du côté de la mer. Quelques orties agitées par le vent caressent le bas des murs. À l'horizon, aucune habitation humaine. Cette maison est une chose vide où il y a le silence. Si l'on s'arrête pourtant et si l'on colle son oreille à la muraille, on y entend confusément par instants des battements d'ailes effarouchés. Au-dessus de la porte murée, sur la pierre qui fait l'architrave, sont gravées ces lettres : elm-pbilg, et cette date : 1780." (T. M., I, V, IV)
"Cette maison ajoute l'effroi à la solitude. Elle est, dit-on, visionnée."

Cette maison, probablement une maison de garde-côte, détruite pendant la dernière guerre et dont on ne voit plus aujourd'hui que les fondations, existait réellement. Hugo la découvre le 19 juin 1859, la décrit dans son carnet et en fait l'esquisse, tout en notant imparfaitement l'inscription du linteau (NAF 13450, f. 66). Un deuxième croquis figure dans le carnet utilisé du 24 mai 1864 à juillet 1865 au milieu de brouillons et esquisses destinés aux "Travailleurs de la mer ": Victor Hugo a alors corrigé l'inscription (voir NAF 13459, f. 83). Enfin, le 3 juin 1866, on trouve cette nouvelle note (carnet NAF 13464, f. 69) : "Nous sommes allés à Pleinmont avec M. Rascol. J'ai dessiné de nouveau la maison visionnée." Cette dernière mention permet de dater ce dessin de juin 1866. À moins que Victor Hugo n'en ait fait un quatrième dessin, comme Pierre Georgel en suggère la possibilité, ce lavis a donc été monté dans le manuscrit après que le relieur Turner ait collé les autres dessins.


Comme fréquemment dans son œuvre, Victor Hugo compare à un être une maison : c'est le cas, par exemple, dans une lettre du voyage d'octobre 1839, où il dessine une maison vue à Genève sur le quai, et inscrit en marge : "coiffures - toits". On notera enfin que, pour le roman, Victor Hugo a adopté l'orthographe Plainmont, alors que dans les carnets il respecte celle de Pleinmont.
Ce dessin est d'une étonnante modernité et préfigure "L'Empire des lumières" de René Magritte (1949).

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Le Roi des Auxcriniers

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"Les Travailleurs de la Mer" : Le Roi des Auxcriniers.

Plume, pinceau, encre brune et lavis, reserves.

BNF Paris.

Victor Hugo s'est inspiré d'une illustration représentant le dieu égyptien Bès dans "L'Histoire de la caricature antique" de Champfleury. Les variantes introduites se bornent aux mains et aux pieds palmés et aux yeux railleurs. Il y a ici adéquation entre le texte et le dessin placé à la fin du chapitre I, I, IV :

"Les ignorants seuls ignorent que le plus grand danger des mers de la Manche, c'est le roi des Auxcriniers. Pas de personnage marin plus redoutable. Qui l'a vu fait naufrage entre Saint-Michel et l'autre. Il est petit, étant nain, et il est sourd, étant roi. Une tête massive en bas et étroite en haut, un corps trapu, un ventre visqueux et difforme, des nodosités sur le crâne, de courtes jambes, de longs bras, pour pieds des nageoires, pour mains des griffes, un large visage vert, tel est ce roi. Ses griffes sont palmées et ses nageoires sont onglées. Qu'on imagine un poisson qui est un spectre, et qui a une figure d'homme. Pour en finir avec lui, il faudrait l'exorciser, ou le pêcher. En attendant il est sinistre. Rien n'est moins rassurant que de l'apercevoir. On entrevoit, au-dessus des lames et des houles, derrière les épaisseurs de la brume, un linéament qui est un être ; un front bas, un nez camard, des oreilles plates, une bouche démesurée où il manque des dents, un rictus glauque, des sourcils en chevrons, et de gros yeux gais. Il est rouge quand l'éclair est livide, et blafard quand l'éclair est pourpre. Il a une barbe ruisselante et rigide qui s'étale, coupée carrément, sur une membrane en forme de pèlerine, laquelle est ornée de quatorze coquilles, sept par-devant et sept par-derrière. Ces coquilles sont extraordinaires pour ceux qui se connaissent en coquilles. Le Roi des Auxcriniers n'est visible que dans la mer violente. Il est le baladin lugubre de la tempête. On voit sa forme s'ébaucher dans le brouillard, dans la rafale, dans la pluie. Son nombril est hideux. Une carapace de squames lui cache les côtés, comme ferait un gilet. Il se dresse debout au haut de ces vagues roulées qui jaillissent sous la pression des souffles et se tordent comme les copeaux sortant du rabot du menuisier. Il se tient tout entier hors de l'écume, et, s'il y a à l'horizon des navires en détresse, blême dans l'ombre, la face éclairée de la lueur d'un vague sourire, l'air fou et terrible, il danse. C'est là une vilaine rencontre. "


Dans le manuscrit, ce texte est une addition du printemps 1865 au chapitre rédigé en juin 1864. C'est en février que naît sous la plume de Victor Hugo le nom d'Auxcriniers.

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04 mai 2008

Le bateau vision

Le_bateau_vision

"Les Travailleurs de la mer" : le bateau vision.

Plume, pinceau, encre brune et lavis, réserves.

BNF Paris.

Ce lavis pourrait être rapproché de la scène de la chaloupe accostant le Cashmere, signalée à la fin du chapitre V, où les passagers s'agitent sur l'embarcation. Peut-être, y a-t-il ici une réminiscence du Radeau de la Méduse.

Par ailleurs le rapprochement a souvent été fait avec le dessin Ma destinée. Mais si le mouvement de la vague est similaire, le traitement des flots, dans ce second dessin, postérieur de deux ans à celui des Travailleurs de la mer, est très différent : plus grande liberté des lignes, légèreté conférée par la blancheur de l'écume obtenue, non par réserve comme ici, mais par rehauts de gouache blanche.

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Les vieilles villes normandes

Les_vieiles_villes_normandes

"Les Travailleurs de la mer" : Les vieilles villes normandes.

Plume, pinceau, encre brune et lavis, rehauts de gouache blanche, estompe de graphite, réserves.

BNF Paris.

Ce grand dessin n'est guère une illustration précise d'un passage du roman. Plus que les livres entre lesquels il a été monté, "Durande et Déruchette" et "Le bag-pipe", il évoquerait plutôt L'Archipel de la Manche : Victor Hugo y rappelle que les îles Anglo-Normandes sont des fragments détachés de la Normandie française, et montre tout le fond commun subsistant entre les îles et la province française.

Il semble que Victor Hugo se soit inspiré d'une vue de Caen : peut-être connaissait-il la gravure d'Isabey ; il a pu aussi, dans ses échanges avec le photographe de Caen, Édouard Bacot, venu séjourner à Guernesey en 1862, voir des photographies de Normandie de ce dernier.

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03 mai 2008

Toujours en ramenant la plume

Toujours_en_ramenant_la_plume

Encre brune et lavis, barbe de plume, sur papier beige. 1856.

BNF Paris.

La note figurant en marge à droite "toujours en ramenant la plume" nous renseigne sur la technique utilisée dans cette composition qui inaugure un nouveau procédé : "Je les fabrique avec les deux bouts de mon même outil, c'est à dire en dessinant avec le bec d'une plume d'oie et peignant avec des poils de barbe" a t il expliqué dans ses propos rapportés par Jules Laurens (La légende des ateliers 1901).

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Vieux Guernesey

Vieux_Guernesey

"Les Travailleurs de la mer" : Vieux Guernesey.

Plume, pinceau, encre brune et lavis.

BNF Paris.

Ce dessin, qui représente vraisemblablement une chapelle de Guernesey, précède un chapitre où le romancier évoque l'anticléricalisme de mess Lethierry, dans cette île où fleurissent d'innombrables lieux de culte :

"Guernesey, toute petite île qu'elle est, a de la place pour deux religions. Elle contient de la religion catholique et de la religion protestante. Ajoutons qu'elle ne met point les deux religions dans la même église. Chaque culte a son temple ou sa chapelle. En Allemagne, à Heidelberg, par exemple, on n'y fait pas tant de façons ; on coupe l'église en deux ; une moitié à saint Pierre, une moitié à Calvin ; entre deux, une cloison pour prévenir les gourmades ; parts égales ; les catholiques ont trois autels, les huguenots ont trois autels ; comme ce sont les mêmes heures d'offices, la cloche unique sonne à la fois pour les deux services. Elle appelle en même temps à Dieu et au diable. Simplification. Le flegme allemand s'accommode de ces voisinages. Mais à Guernesey, chaque religion est chez elle. Il y a la paroisse orthodoxe et il y a la paroisse hérétique. On peut choisir. Ni l'une, ni l'autre. Tel avait été le choix de mess Lethierry."

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